La start-up parisienne Blade Group, plus connue sous le nom de son service Shadow, vient de lever 51 millions d’euros lors de son troisième tour de table.

Au total, cette entreprise créée en octobre 2015 par Emmanuel Freund, Acher Criou et Stéphane Héliot, a déjà levé 64 millions d’euros.

Les investisseurs restent les mêmes, notamment Pierre Kosciusko-Morizet (PriceMinister), Michaël Benabou (co-fondateur de Vente-Privée.com) et Nopporn Suppipat (fondateur de Wind Energy Holding).

La dernière levée va servir à accélérer la croissance de son unique service, Shadow, en France, et de le commercialiser en Allemagne et au Royaume-Uni d’ici la fin de l’année, tout comme d’ouvrir un bureau à Palo Alto.

Shadow est une solution de PC virtuel, présentée comme le PC du futur. Il se compose d’un service dans le nuage informatique et d’un boîtier sur lequel on peut brancher un écran et les périphériques habituels, comme clavier, souris ou manette de jeu.

Pour 30 à 45 euros par mois, selon la durée de l’engagement (aucun, mensuel ou trimestriel), et à condition d’avoir une connectivité Internet fibre, on a alors accès à une machine virtuelle très haut de gamme : 6 fils d’exécution simultanée d’un processeur xeon, 12 gigaoctets de mémoire vive, et 256 gigaoctets de stockage SSD, carte graphique NVIDIA GeForce GTX 1070. Elle tourne sous Windows 10, une version Linux étant prévue.

Avec de telles caractéristiques, la première clientèle visée est celle des joueurs. On pourrait joueur sur un ou deux moniteurs, en 4K ou en 1080p avec 144 images par seconde sur les jeux les plus récents.

Pour démocratiser son service, Blade cherche à le rendre disponible avec une connectivité 4G ou ADSL. Elle viserait 100 000 clients avant 2018.

L’entreprise promet un lag inférieur à 16 ms, une promesse qui sera peut-être plus difficile à tenir lorsque les abonnements ne seront pas attribués au compte goûte – Blade accepte un quota de nouveaux abonnés chaque mois – et que les FAI seront plus saturés. Actuellement, Shadow compte 5 000 utilisateurs, se connectant en moyenne 2,5 heures par jour.

Les principaux concurrents de Shadow sont NVIDIA avec le service GeForce Now, LiquidSky, qui offre même un abonnement gratuit de 10 heures par mois à condition de regarder de la publicité, GameStream, une autre start-up parisienne qui offre son service en label blanc, et PlayStation Now.

À la différence près que Shadow est un véritable PC virtuel haut de gamme, qui peut également être utilisé à d’autres fins que les jeux.

 

 

La rentabilité d’un tel service ne nous semble pas évidente, même à terme : les ressources sont difficilement partageables lorsque les clients jouent, et tous les clients jouent probablement durant la même plage horaire.

Il semble problématique d’exploiter les serveurs toute la journée, car il n’apparaît pas réaliste de déporter une carte graphique trop loin, par exemple d’un serveur parisien vers un client au Canada.

Théoriquement, le boîtier prêté gratuitement n’aura pas besoin d’être changé, mais à moyen terme, des changement de connectique vers l’USB C par exemple, pourraient rendre un tel changement nécessaire.

Enfin, les cartes graphiques se périment rapidement pour les joueurs, une clientèle très exigeante. Elles devront sans doute être remplacées tous les 2-3 ans.

La meilleure solution serait probablement de louer à des entreprises les capacités libres le reste du temps, pour d’autres types de charges de travail, comme des lots de traitements d’informatique haute performance ou d’apprentissage automatique. Ce que Blade ne fait pas à notre connaissance.