Six mois de pratiques douteuses d’intimidation

Amazon tente depuis près de six mois de renégocier ses contrats avec le groupe Hachette, cinquième éditeur de livres au monde, notamment en ce qui concerne les e-books.

L’entreprise américaine, qui contrôle plus de 50 % du marché du livre aux Etats-Unis, et probablement autant en Europe, utilise des pratiques douteuses qui ressemblent à s’y méprendre à un abus de position dominante.

Elle dissuade les acheteurs de livres Hachette en n’offrant plus de rabais, en les rendant indisponibles ou en proposant des délais d’expéditions de plusieurs semaines.

C’est pénalisant pour le lecteur, pour l’auteur et bien sûr pour Hachette.

Amazon accuse Hachette de ne pas répondre à ses propositions commerciales. Un cadre de l’éditeur répond, sous couvert d’anonymat, que Hachette a fait la meilleure offre jamais proposée à un distributeur en avril 2014.

Et qu’elle a communiqué une autre offre, encore supérieure, à Amazon en mai.

Les auteurs, pris en otage, soutiennent majoritairement Hachette.

Si certains ont signé une pétition pour défendre Amazon et se plaindre des éditeurs, beaucoup ont pris le parti de Hachette.

Et d’autres centaines comme John Grisham ou Stephen King, ont signé une pétition neutre, mais qui est clairement dirigée contre Amazon.

 

Retourner les auteurs contre Hachette

Pour prendre l’ascendant, Amazon veut retourner les écrivains contre leur éditeur.

Elle propose aux auteurs de Hachette de leur payer temporairement 100 % des revenus des livres numériques.

D’après Russ Grandinetti, le vice président d’Amazon en charge des contenus Kindle, la proposition, envoyée mardi à Hachette – et refusée aussi tôt – aurait

« plusieurs bénéfices. Elle nous motiverait ainsi que Hachette pour trouver un accord rapidement, et elle protégerait les écrivains. Ce serait mieux aussi pour les lecteurs ».

 

Roxana Robinson

Roxana Robinson. Photo: David Ignaszewski

 

Pour Roxana Robinson, la présidente de l’Authors Guild, qui n’est pas éditée par Hachette, cette proposition n’en est pas une.

« Si Amazon veut avoir une discussion constructive, nous sommes disponibles à toute heure. » écrit-elle au New York Times.

« Mais cela ressemble à une solution court terme qui encourage les écrivains à prendre parti contre leur éditeur. Cela ne les isole pas de la dispute, nous sommes toujours au cœur du débat. »

« Ce que veulent les écrivains, c’est un écosystème d’édition sain à long terme, pas une rentrée d’argent imprévue temporaire.  »

 

« Des éditeurs, nous attendons une part plus équitable des revenus des livres numériques ; d’Amazon, nous attendons la fin de pratiques abusives qui traitent injustement ses compétiteurs, et la continuation de l’existence des livres imprimés. »

 

Amazon, dont l’action a perdu 20 % de sa valeur depuis le début de l’année, ne semble pas prête à céder. Elle n’arrive pas à s’entendre avec d’autres fournisseurs. Ainsi, son nouveau service Prime Music a été lancé en juin 2014 avec un répertoire ridicule d’un millions de chansons car elle n’a pas pu s’entendre avec les maisons de disques.