Dans le cadre de son enquête sur les fausses nouvelles, le Parlement du Royaume-Uni a obtenu de nombreux documents de Facebook, en demandant à Ted Kramer, le fondateur de l’entreprise américaine Six4Three à les lui donner lorsqu’il était en voyage à Londres.

Ce dernier les avait obtenus dans le cadre de la communication des documents dans un procès qui oppose Six4Three à Facebook en Californie.

Cette semaine, ils en ont rendu public de nombreux extraits, en majorité des courriels et des extraits de présentation interne.

Ils ne font que confirmer ce que l’on sait de Facebook depuis des années : l’entreprise n’hésite pas à bafouer la loi et se moque des données personnelles de ses utilisateurs, dont le seul intérêt est de lui rapporter de l’argent ou des avantages. Mais ici, la confirmation vient du plus haut de la direction, en particulier de Mark Zuckerberg.

Pour se développer, Facebook a incité des tiers à tirer parti de sa plateforme, exploitant les données des utilisateurs comme une monnaie d’échange, du moment que leurs applications encourageaient les utilisateurs à passer du temps sur le réseau social.

On apprend que Facebook maintient une liste noire de concurrents n’ayant ni le droit d’utiliser ses données, ni ses services, tant que Zuckerberg ne l’a pas autorisé personnellement.

Ce dernier a de la sorte refusé en 2013 à Vines de laisser ses utilisateurs se connecter avec leur compte Facebook. Une décision qui ne nous semble pas légale quand Facebook est en situation de monopole.

À l’inverse, à la suite à la décision de 2014-2015 de limiter les données personnelles conférées aux tierces parties, Facebook a continué à en partager certaines, comme l’accès total aux données des amis, à une poignée de compagnies, comme Baidu.

Damian Collins, en charge du comité qui a divulgué les documents, explique la motivation* :

« Nous n’avons pas l’impression de recevoir des réponses franches de Facebook sur ces problèmes importants, c’est pourquoi nous divulguons les documents. »

En 2012, Zuckerberg écrivit* :

« Je pense que nous divulguons des informations aux développeurs, mais je ne peux pas me souvenir d’un seul cas dans où ces données ont fui de développeur à développeur et nous ont causé un réel problème. »

Quelques années après, le scandale Cambridge Analytica lui donnera bien tort.

Dans un courriel de 2015, un ingénieur de Facebook s’émeut de l’impact potentiel en relation public d’une nouvelle fonctionnalité de l’application Facebook sur Android : le téléversement continuel de l’historique des SMS et des appels sur les serveurs de Facebook. En réponse, un courriel note qu’il ne sera pas demandé à l’utilisateur de donner son accord à l’activation de cette ‘fonctionnalité’, et qu’il sera rendu aussi difficile que possible de savoir que c’était l’une des nouveautés de la mise à jour…

On apprend égalerment que Facebook a utilisé Onavo pour conduire des études sur l’utilisation des applications mobiles par les clients, sans leur consentement ni même leur connaissance. Facebook a exploité ces informations pour déterminer non seulement combien de personnes avaient téléchargé une application, mais aussi combien de fois ils les utilisent. Ces données lui ont permis de décider quelles entreprises acheter, et quelles entreprises traiter comme des menaces.

Enfin, on apprend que Facebook a adopté des stratégies très agressives contre des applications concurrentes. La plupart du temps, le refus de leur donner un accès à ses données a suffi pour les faire péricliter.

Bien sûr, Facebook a répondu que Kramer avait opéré une sélection des documents à charge contre elle, et qu’ils n’étaient pas représentatifs de l’ensemble des documents communiqués.

Ce qui ne diminue en rien la valeur ou la pertinence des documents présentés.

 

* Traductions: Le Diligent