Tesla a publié sa lettre d’information pour le quatrième trimestre 2018 dans laquelle elle dévoile ses résultats financiers, un document à lire avec détachement, puisque dans le passé de fortes divergences ont émergé entre ce document et le formulaire boursier officiel 10-K, que l’entreprise va sans doute ne publier qu’après quelques semaines.

D’une année sur l’autre, son chiffre d’affaires aurait augmenté de 119,8 % à 7,23 milliards de dollars (6,29 milliards d’euros), et son résultat net s’élèverait à 139,5 millions de dollars (121,4 millions d’euros), contre 675 millions de pertes il y a un an (587,5 millions d’euros), mais en baisse séquentielle sur le troisième trimestre : 311,5 millions de dollars (271,1 millions d’euros) au troisième trimestre 2018.

Au total, Tesla aurait perdu plus d’un milliard de dollars (-925 millions d’euros) en 2018, soit deux fois moins qu’en 2017.

Alors que Tesla a produit plus de voitures en 2018 que dans le cumul de ses 13 années précédentes, le nombre de stations de superchageurs n’a augmenté que de 25 %, ce qui occasionne des frictions pour les conducteurs, avec de longues files d’attente.

Tesla ambitionne une production soutenue de 7 000 Model 3 par semaine fin 2019. Pour mémoire, Musk avait affirmé lors de la conférence téléphonique du deuxième trimestre 2017 que  *

« les gens ne devraient avoir aucune inquiétude, et je veux dire zéro, que Tesla arrivera à produire 10 000 unités par semaine d’ici la fin de l’année prochaine. »

Musk évoque le début de la production de la Gigafactory Shanghai, une usine qui n’a toujours aucun financement et qui est un terrain vague, alors que les spécialistes affirment qu’il faut au moins 23 mois de la construction d’une usine automobile au début de la production.

Au total, Musk vise 360 000 à 400 000 livraisons de voitures en 2019. Deux heures après la publication de la lettre, lors de la conférence téléphonique, il affirme que Tesla prévoit la production de 350 000 à 500 000 Model 3 en 2019…

À la fin de la conférence, Deepak Ahuja, le directeur financier, annonce son départ. Il ne signera donc pas le formulaire 10-K… Elon Musk, qui a toujours prôné qu’il ne faillait jamais embaucher de MBA, va le remplacer par un MBA de 34 ans…

Ni les chiffres, ni la prestation ne convainquent : le cours de son action est en baisse, de -4,5 % à 295 dollars avant l’ouverture de la Bourse de New York, ce qui est rare pour Tesla après une annonce de résultats.

En moins d’un an, le constructeur automobile a procédé à deux vagues de licenciements.

Alors que sa capitalisation boursière, supérieure à celles de constructeurs automobiles rentables produisant plus de dix fois plus de véhicules que Tesla, serait justifiée par son extrême croissance, Musk révèle qu’en ce moment, l’entreprise ne produit que pour l’Europe et la Chine… En d’autres termes, la demande aux États-Unis est proche de zéro.

Il y a un an, Tesla visait plus de 3,4 milliards de dollars en dépenses en capital. Finalement, en 2018, ces dépenses n’atteindront que 2,1 milliards de dollars. Pourtant, l’entreprise promet un nouveau Model Y, un nouveau semi-remorque, une nouvelle usine en Chine, voire également une nouvelle usine en Allemagne.

Finissons par une perle du plus grand entrepreneur de notre temps lors de la conférence téléphonique : *

« La demande pour – la demande pour le modèle 3 est incroyablement élevée. L’inhibiteur est l’accessibilité. C’est comme si les gens n’avaient pas l’argent nécessaire pour acheter la voiture. Cela n’a rien à voir avec le désir. Ils n’ont tout simplement pas assez d’argent sur leur compte bancaire. Si la voiture peut être rendue plus abordable, la demande est extraordinaire. »

 

* Traductions: Le Diligent