Après avoir interdit l’accès aux technologies et aux équipements américains à Huawei, le département du Commerce des États-Unis octroie au groupe chinois une licence contraire de trois mois.

Ce qui lui permettra d’entretenir ses réseaux téléphoniques et de fournir des mises à jour aux téléphones portables – et surtout de donner aux opérateurs télécoms dont Huawei est un fournisseur du temps pour conclure d’autres arrangements.

Le département du Commerce prétend qu’il évaluera le temps venu l’opportunité d’étendre la durée de la licence. Ce qui prouve que la dernière mesure protectionniste américaine a des conséquences inattendues et d’une grande portée pour ses clients.

En revanche, il est toujours interdit à Huawei d’acheter des équipements et des logiciels américains pour fabriquer de nouveaux produits, sans l’obtention de licences très difficiles à obtenir.

Ren Zhengfei, le fondateur du groupe, est défiant, confiant aux médias chinois que ce répit ne lui est d’aucune utilité, car le groupe s’est déjà préparé à cette situation.

Il dit à CCTV :

« Les actions du moment du gouvernement américain sous-estiment notre potentiel. »

Il est ainsi à l’unisson avec Pékin, qui a averti les États-Unis que la Chine prendrait des mesures pour défendre ses intérêts et celui de ses entreprises.

Il a malgré cela aussi remercié les entreprises américaines, pour avoir largement contribué au développement de Huawei, et d’avoir « dévoilé leur conscience sur cette affaire ».

 

D’après le Financial Times, les services de renseignement américains organisent depuis des mois des réunions auprès des entreprises américaines pour les avertir des dangers de commercer avec des sociétés chinoises, en particulier des cyberattaques et des vols de propriété intellectuelle.

La semaine dernière, après l’ordre exécutif de Donald Trump d’interdire à toute entreprise ou organisation visée d’utiliser des technologies d’entreprises américaines, au nom de la sécurité nationale, ainsi que l’annonce quelques heures après du placement de Huawei sur la liste des entités étrangères visées, des entreprises américaines avaient déjà réagi.

Google avait ainsi prévenu de l’arrêt de toute coopération avec Huawei nécessitant le transfert de matériel, de logiciel ou de services, à l’exception des logiciels publiquement disponibles par code source ouvert.

Les personnes ayant des applications Google sur leur portable Huawei pourront toutefois continuer à télécharger des applications mobiles et à les mettre à jour.

Si les mesures américaines peuvent freiner nette l’expansion internationale qui a permis à Huawei de devenir en quelques années le numéro trois des ordiphones derrière Samsung et Apple, elles pourraient, ironiquement, réussir là où tout le monde a échoué : créer un troisième écosystème mobile derrière Android et iOS.

Car au total, les fabricants chinois d’ordiphones produisent près de la moitié de la production mondiale de téléphones Android.

D’autres entreprises de technologie comme Qualcom et Xilinx ont prévenu leurs employés qu’elles ne fourniraient plus de puces à Huawei jusqu’à nouvel ordre.

D’après Bloomberg, qui annonce le début de la guerre froide technologique, Huawei avait pris très au sérieux les menaces américaines depuis plus d’un an, et aurait préalablement stocké plusieurs mois de composants américains.