WeWork, une jeune pousse américaine qui achète ou contracte des baux sur des espaces dans des immeubles de bureau, pour les louer ensuite à des jeunes pousses et d’autres entreprises, souhaitait s’introduire en Bourse sur le NASDAQ, sur la base d’une valeur nettement supérieure à 47 milliards de dollars, valeur à laquelle SoftBank Group investit lors du dernier tour de financement, et vendre pour 3,5 milliards de dollars d’actions.

Elle a envoyé ce formulaire S-1 d’IPO à la mi-août.

Sa valeur d’entreprise fut immédiatement remise en question, ses deux conseillers financiers Goldman Sachs et JP Morgan Chase doutant même du succès d’une IPO à 15 milliards.

Il fut même alors question d’abandonner l’IPO, les dirigeants de WeWork rencontrant ceux de SoftBank, premier investisseur intéressé et plus grand perdant potentiel.

WeWork a récemment ouvert une ligne de crédit de 6 milliards de dollars auprès de banques, ce qui est atypique et même suspect pour une entreprise qui cherche aussi à lever des fonds boursiers.

Or cette facilité est conditionnée à une IPO d’ici la fin de l’année, et la levée d’au moins trois milliards de dollars.

D’après la presse, WeWork serait donc prête à revoir sa valeur à 15 milliards de dollars, et même 10 à 12 milliards.

Et dans un amendement à son formulaire S-1, WeWork offre de nombreuses concessions :

  • Les actions de classe B et C, qui confèrent 20 droits de vote chacune, seront limitées à 10 droits de vote, ce qui limite le pouvoir de son très controversé CEO Adam Neumann ;
  • La clause qui prévoit que sa femme Rebekah sera responsable de la recherche de son successeur, en cas de mort ou d’invalidité permanente, est annulée ;
  • Aucun autre membre de sa famille ne pourra devenir membre du conseil d’administration de WeWork ;
  • Neumann s’engage à retourner tous les profits obtenus par des transactions immobilières entre lui et l’entreprise.

Pour certains, il s’agit plus de poudre aux yeux que de véritable réforme de la gouvernance d’entreprise, WeWork conservant plusieurs classes d’actions et Neumann conservant la majorité des votes.

Comment expliquer cette situation délicate, qui remet du reste fortement en cause la stratégie d’investissement de SoftBank, et les profits ‘papier’qu’elle affiche pour son fonds d’investissement géant SoftBank Vision Fund* ?

  • Fondée il y a 9 ans, WeWork a levé 12 milliards de dollars. C’est pourtant une machine à pertes qui n’a jamais dégagé de profit. Durant les trois dernières années, elle a perdu 2,9 milliards de dollars ;
  • Pour certains, il s’agit tout simplement d’une escroquerie du type pyramide de Ponzi ;
  • Les agissements de son CEO sont pour le moins scandaleux : il est le possesseur des marques, qu’il loue à l’entreprise. De même, il négocie certains contrats immobiliers en son nom pour ensuite passer un accord très lucratif avec son entreprise.

 

* Ce n’est pas la première fois que SoftBank paie beaucoup trop pour ses investissements : la valeur d’introduction en Bourse de Uber (l’une des plus grandes machines à pertes de l’histoire) était inférieure à la valeur de 70 milliards de dollars sur la base de laquelle SoftBank investit 10 milliards en 2017. Il lui fut déjà reproché d’avoir surpayé quelques mois après. Et depuis, le cours de l’action d’Uber n’a cessé de baisser.

Son IPO était censée être la plus importante depuis celle d’Alibaba, et ses cadres visaient une valeur d’au moins 120 milliards de dollars. Aujourd’hui, sa capitalisation boursière s’élève à 58 milliards de dollars.