À l’occasion de l’OCP U.S. Summit 2017, qui se tiendra dans quelques heures le 8 et 9 mars à Santa Clara en Californie, Microsoft et Qualcomm ont dévoilé leur partenariat pour l’utilisation de la plateforme Qualcomm Centriq 2400 à 10 nm dans Microsoft Azure.

Cela fait quelques années que Microsoft coopère avec des fournisseurs de serveurs à base de processeurs ARM, comme Qualcomm et Cavium, pour optimiser leurs puces pour les data centres de Microsoft. Car à cette échelle, il est souvent plus simple d’optimiser le silicium aux charges de travail que l’inverse.

ARM Holdings Plc  conçoit les puces, et vend des licences à des entreprises, comme Cavium, Qualcomm ou Samsung, qui peuvent adapter la conception, et/ou produire les puces. ARM ne produit aucune puce.

Dr Leendert van Doorn, ingénieur éminent de Microsoft Azure, écrit que Microsoft a procédé à des tests et des comparaisons ARM / Intel avec des charges de travail en production. Les résultats seraient suffisamment prometteurs, notamment pour le nombre d’instructions par secondes, le nombre de fils d’exécutions simultanés, et les options de connectivité, pour que Microsoft décide de changer de jeu d’instructions.

Un choix coûteux, qui montre le potentiel d’économies attendues par Microsoft du passage partiel d’Intel à ARM.

Van Doorn est également de l’avis qu’ARM, qui appartient au japonais SoftBank, a choisi les options architecturales idéales pour le futur, avec des jeux d’instruction orthogonaux qui faciliteraient leur évolution.

L’entreprise a analysé dans quels domaines l’utilisation de processeurs ARM serait le plus bénéfique, et déduit que ce serait pour certaines charges internes de travail dans le nuage: recherche et indexation, stockage, bases de données, données massives et intelligence artificielle.

Microsoft porte donc une version interne spécifique de Windows Server, ainsi qu’un certain nombre de logiciels (intergiciels, environnements d’exécution de langages de programmation, et certaines applications), sur l’architecture ARM; et Qualcomm et Cavium optimisent leurs puces pour Microsoft.

La prochaine étape sera l’utilisation en production, mais uniquement à usage interne, et non pour les charges de travail des clients, de ces systèmes sur la plateforme Qualcomm Centriq 2400, dont certaines spécifications sont héritées du Project Olympus de Microsoft.

Présenté en octobre 2016, Project Olympus est la conception matérielle de la prochaine génération d’équipements pour data centre de Microsoft, placé en open source auprès de l’OCP.

La carte mère Qualcomm Centriq 2400 Open Compute Motherboard combine le processeur récemment annoncé de Qualcomm Datacenter Technologies (QDT), un processeur à 48 cœurs compatibles ARMv8 produit en 10 nm FinFET avec les interfaces « les plus avancées » pour la mémoire, le réseau et les périphériques.

QDT en a profité pour rejoindre l’Open Compute Project Foundation en tant que membre d’or.

La nouvelle est très mauvaise pour Intel, qui contrôle actuellement 98 % du marché des puces pour data centres, avec en 2016 des ventes de 16,3 milliards d’euros et des bénéfices d’exploitation de 7,1 milliards d’euros.

Jusqu’à présent, Intel domine le marché des puces pour serveurs et pour ordinateurs, tandis qu’ARM est l’architecture dominante des appareils mobiles.

Microsoft Azure est le deuxième fournisseur de services dans le nuage derrière AWS, et sa croissance est plus élevée. Microsoft est ainsi l’un des plus grands acheteurs de serveurs au monde.

L’utilisation en interne par Microsoft de processeurs ARM constituerait un manque à gagner non négligeable pour Intel.

Surtout, on pourrait imaginer à moyen terme l’utilisation de serveurs ARM pour les charges de travail des clients de Microsoft Azure, voire le portage complet de Windows Server et de logiciels serveur, pour que toutes les entreprises puissent faire tourner dans leurs propres locaux leurs charges de travail Windows avec des serveurs ARM.

Microsoft a également annoncé il y a quelques mois le portage complet de Windows 10 sur ARM, qui ne nécessiterait pas la recompilation des applications Windows 32 et 64 bits, ce qui pourrait être un prélude à des tablettes professionnelles, voire des ordinateurs portables ou de bureau, tournant avec des processeurs ARM.