Alors que la France s’apprête à voter définitivement le 24 juin 2015 d’une loi sur le renseignement qui donne plus de pouvoir que jamais à l’exécutif et aux agences françaises de renseignement, et une supervision minimale, on apprend de WikiLeaks que la NSA aurait espionné les trois derniers présidents français : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande.

Leurs conversations auraient été écoutées par les États-Unis au minimum de 2006 à 2012.

Si la presse américaine évite le sujet avec la plus grande application, le président Obama a bien dû réagir à l’outrage du président Hollande en l’appelant pour le rassurer.

« Le président Obama a réitéré sans ambiguïté son engagement ferme, intervenu en novembre 2013 après l’affaire Snowden, et déjà rappelé lors de la visite d’Etat de (François Hollande en) février 2014, d’en terminer avec les pratiques qui ont pu avoir lieu dans le passé et qui étaient inacceptables entre alliés ».

On serait légitimé de mettre en doute la parole d’un président habitué à ne pas respecter ses promesses (cf. fermeture de Guantánamo Bay), et qui n’a jamais pris de mesure proactive pour limiter les actions de la NSA, agence de renseignement dont on connaît un certain nombre d’abus depuis les révélations du dénonciateur Edward Snowden. C’est toujours contraint et forcé, en réaction à des scandales impossibles à étouffer, qu’il a parfois pris des mesures pour limiter le champ d’action de l’agence, dont les premières victimes sont, du reste, les citoyens américains.

On est aussi en droit de s’interroger sur l’outrage supposé du président Hollande et du monde politique en France : il est difficile de concevoir que les présidents français n’aient pas su qu’ils étaient espionnés par les États-Unis.

La France n’a jamais rien fait pour protéger ses citoyens des écoutes américaines systématiques depuis au moins 2001 avec les centaines de satellites espions Echelon. Une initiative à laquelle, comme la plupart du temps, étaient associées les agences de renseignement des pays du Common Wealth, et notamment le GCHQ britannique.

C’est forcément avec l’aval de la France que la Commission Européenne avait signé en 2000 avec le Department of Commerce des États-Unis, le US Safe Harbor, un accord fantaisiste censé garantir le respect de la directive européenne sur la protection des données malgré le Patriot Act. Fantaisiste parce que près de 33 % des organisations énumérés ne font pas partie du Safe Harbour, que moins de 33 % des organisations censées respecter la convention en remplissent les conditions les plus basiques, et que des centaines d’organisations mentent en toute impunité sur leur accréditation.

C’est forcément avec l’aval de la France que l’Union Européenne négocie des accords secrets de coopération avec les États-Unis qui sapent les protections dont sont censés jouir les citoyens européens avec les directives sur la protection des données personnelles.

Et au plus tard depuis les révélations par le Spiegel des écoutes américaines et anglaises de la chancelière allemande, les présidents français pouvaient-ils tirer d’autre conclusion qu’ils étaient eux-mêmes l’objet d’écoutes ?

L’Élysée affirme que :

« Des responsables français du renseignement se rendront très prochainement à Washington pour approfondir la coopération. »

Difficile d’y voir autre chose qu’un effet d’annonce: les États-Unis ne se laisseront pas plus dicter leur conduite par la France que par l’Allemagne.

La France a toujours été remarquablement discrète sur les scandales des abus massifs du pouvoir de surveillance de la NSA américaine et du GCHQ britannique, probablement parce qu’elle souhaite elle aussi donner en toute tranquillité le plus de latitude à ses agences de renseignement .

Une attitude qui n’a pu que conforter les services britanniques et américains dans leur interprétation très libre de la légalité de leurs agissements. À ce stade, la seule surprise de taille serait qu’il n’y ait pas de plus révélations à venir.