Munich, capitale de la Bavière, troisième ville d’Allemagne par la population et peut-être première par la puissance économique, s’est illustrée dans le domaine de l’informatique en 2004, avec sa décision de passer au code source ouvert, nom de code Projet LiMux.

Un projet motivé par l’adoption de la philosophie open source, la volonté de ne plus payer de licences à Microsoft, et pour certains, pour des raisons purement politiques.

À l’époque, Richardt Seibt, le directeur de Suse, une distribution de Linux, affirmait que ce projet aurait autant d’impact en informatique que la chute du mur de Berlin en politique.

Depuis, la municipalité a abandonné Windows et Microsoft Office sur plus de 15 000 postes de travail, soit 80 % du parc, pour passer à Linux et Libre Office, un changement qui aurait économisé des dizaines de millions d’euros.

Il n’a pas fait l’unanimité, à cause des coûts de transition – bien au-delà de 40 millions – et parce que de nombreux petits éditeurs de logiciels travaillant pour la ville ne pouvaient pas ou ne voulaient pas développer une version Linux de leurs applications.

La décision autocratique a par la suite été vivement critiquée par les utilisateurs de tout bord, de la culture à la gestion de la circulation routière, qui ne retrouvaient pas les fonctionnalités habituelles, comme un gestionnaire de courriels, de rendez-vous et de contacts, dans les logiciels en code source ouvert.

Des problèmes récurrents concernaient l’échange de données avec les citoyens et presque tous les autres organismes publics, qui utilisent presque tous Microsoft Office.

Il avait même fallu utiliser un serveur externe de courriels pour que les hauts gestionnaires puissent recevoir leurs courriels sur smartphone.

De l’avis même de ses dirigeants, la cabale anti-Microsoft a forcé la ville à développer ses propres applications, ce qui n’est pas son métier, avec dix à quinze ans de retard sur les standards de l’industrie.

Les experts ont alors recommandé le retour aux solutions Microsoft.

Finalement, la Commission de gestion et du personnel de Munich a décidé le 8 novembre 2017 de repasser sur Windows et sur Office, avec un plan de migration Windows 10 2020. La décision doit être entérinée le 23 novembre 2017 par le conseil municipal, ce qui devrait passer comme une lettre à la poste.

Symboliquement, la décision est un camouflet pour le monde du logiciel libre.

Là encore, la décision n’est pas unanime. Certains estiment qu’on n’a pas demandé exactement aux employés municipaux la cause de leur mécontentement, qui était peut-être simplement avec le client LiMux, ou le processus de migration, ou l’absence de support.

Il est amusant de noter que Matthias Kirschner, président de la Free Software Foundation Europe, met en avant les coûts de migration vers Windows et les coûts de formation, et que d’autres y voient une décision politique.