Les révélations du dénonciateur américain Edward Snowden, publiées en octobre 2013 suggéraient que les téléphones mobiles de 35 chefs d’États étaient mis sur écoute par les espions américains de la NSA, notamment de ses alliés, et en particulier la Chancelière allemande, Angela Merkel. Ce qui avait profondément choqué l’opinion allemande.

Merkel avait alors expulsé le représentant de la CIA, demandé des comptes à la Maison Blanche, et lancé l’idée d’un réseau européen.

Il y a une dizaine de jours, on apprenait que le Bundesnachrichtendienst (BND), l’agence de renseignements allemande, aurait espionné pour le compte de la NSA, pendant des années.

Cette nouvelle révélation est très embarrassante pour la Chancelière car elle donne un éclairage nouveau à l’affaire des écoutes téléphoniques.

­La NSA aurait envoyé des listes d’adresses IP, de numéros de téléphones et d’adresses de messagerie à la station d’écoute de la BND à Bad Aibling, les priant de bien vouloir les espionner pour son compte. Ce qu’aurait effectué le BND au moins 40 000 fois, espionnant des entreprises comme Airbus, des politiciens et des hauts fonctionnaires, notamment de l’Élysée et du ministère des affaires étrangères français, tout comme des autorités autrichiennes, et mêmes des organisations comme la Commission européenne, pour les Américains.

Le 30 avril, Airbus portait plainte contre X, et Jean-Claude Jucker, le président de la Commission européenne, demandait des explications à l’Allemagne.

La Chancellerie avait affirmé n’avoir eu vent de cette coopération douteuse qu’en mars 2015, mais l’on sait désormais qu’il s’agit d’un mensonge, et qu’elle était au courant depuis au moins 2008.

Fait aggravant, le BND n’a jamais informé la commission sur les services de renseignements du parlement allemand de cette coopération, en contravention de la loi.André Hahn, le président de la commission, se plaint de la mauvaise volonté de la Chancellerie: *

« Le gouvernement n’admet que ce qu’il ne peut plus nier. »

« Il ne peut plus laisser le parlement sur sa faim avec des demi-vérités. »

Le gouvernement pourrait se retrouver devant les tribunaux s’il refuse de fournir une liste des personnes et des institutions espionnées. S’il est prouvé que le BND a agit avec complaisance pour le compte de la NSA, la Chancelière pourrait être amenée à démissionner. Dans tous les cas, des limogeages à la direction de la BND semblent inévitables.

 

* Traductions: Le Diligent