Le 20 juin à six heures du matin, la police a fait des descentes contre l’association Zwiebelfreunde à cinq emplacements : son siège à Dresden, les maisons des trois membres du conseil d’administration, ainsi que le logement d’un ancien membre.

La justification de ces rafles était qu’un blogue d’extrême gauche appelait à la violence lors d’une réunion à Augsburg du parti d’extrême droite AfD. La police cherchait à trouver l’auteur de ce blogue.

Ce qui est incompréhensible, c’est que la police n’a pas daigné contacter RiseUp Labs, le fournisseur américain de service de messagerie pour trouver l’auteur.

Zwiebelfreunde (en français les amateurs d’oignon), est une association à but non lucratif qui a deux missions principales : elle opère des serveurs de relais Tor (dont le logo est un oignon), un réseau de vie privée et d’anonymat ; et elle aide d’autres associations à lever des fonds.

C’est ainsi qu’elle est liée à RiseUp Labs : elle l’a aidé à lever des fonds. La relation s’arrête ici, Zwiebelfreunde n’a aucun autre lien avec RiseUp Labs. Elle ne s’occupe ni de son infrastructure ni de ses services, et encore moins de ses utilisateurs.

Zwiebelfreunde estime que le procureur de Munich a outrepassé ses prérogatives en autorisant des descentes sur une association qui n’est pas directement liée à l’affaire. Que se serait-il passé si la cible avait un compte Gmail ? La police aurait-elle été autorisée à faire des descentes chez une grande partie de la population allemande ?

Sur place, la police aurait clairement signifié qu’elle estimait que le motif de la descente n’était pas valide, mais l’a tout de même effectuée.

Zwiebelfreunde reproche également à la police d’avoir outrepassé ses prérogatives en ne confisquant pas uniquement les documents liés à RiseUp Labs, mais en confisquant presque tout, y compris tous les documents imprimés depuis la création de l’association en 2011, les ordinateurs, les ordiphones, les médias de stockage, les clés de sécurité, sans même chercher à distinguer ce qui appartenait aux membres de la famille.

En particulier, les policiers ont emporté des documents et des stockages sur Tails, la distribution sécurisée de Linux qui est souvent utilisée par les journalistes et les informateurs.

Les avocats de Zwiebelfreunde ont lancé une action en justice pour récupérer les équipements, pour accuser la police de ne pas avoir tenu compte du mandat de perquisition qui ciblait des choses spécifiques, et que le mandat de perquisition dépassait les prérogatives du juge d’instruction.

Et quand le fameux Chaos Computing Club (CCC), l’une des associations de chercheurs en sécurité et de pirates blancs les plus connues du monde, a apporté son soutien à Zwiebelfreunde, la police a cru bon de faire une descente sans autorisation sur OpenLab à Augsburg, des locaux utilisés par des membres de CCC.

Interprétant le contenu d’un tableau comme un manuel pour la création de bombes, la police a cru bon d’accuser trois personnes de préparer une attaque à la bombe, de les embarquer et de fouiller les locaux sans décision de justice et sans témoin.